lundi 21 janvier 2008

Un conte intemporel


Article « La Maison de Bernarda Alba »

Nanterre Info – P40

Décembre 2007


Un conte intemporel

C’est une première : Miguel Borras, l’un des pères du Théâtre du Bout du Monde, présente sa dernière création à Nanterre, La Maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca.

« Adapter une œuvre classique ne faisait pas vraiment partie de mes projets », clame Miguel Borras, qui signe toutefois la mise en scène de La Maison de Bernarda Alba (Féderico Garcia Lorca, 1936), prochainement à l’affiche de la salle des fêtes. Le trublion, qui n’en est pas à sa première création, est l’un des trois membres fondateurs de la compagnie du Théâtre du Bout du Monde (avec André Bonnet et Philippe Guérin) qui a élu domicile, depuis 2005, à Nanterre, quartier du Petit Nanterre. Fondée il y a quinze ans à Antony (92), cette troupe mène plusieurs initiatives dans le champ du « socioculturel participatif ». Tandis que Philippe Guérin (lire encadré) s’ingénie à tisser des liens sensibles et créatifs entre les populations dites fragilisées, Miguel Borras se consacre plutôt au façonnage de spectacles « à forte teneur artistique ». Interprétés par des acteurs amateurs et professionnels, ses œuvres (Le Temps est bien parti pour rester et Du Coq à l’âme, en 2005, notamment) fédèrent un vaste public et cristallisent les enthousiasmes.

L’homme interdit

« C’est par hasard que je me suis replongé dans l’œuvre de Garcia Lorca, explique le metteur en scène. Un ami qui travaillait sur La maison de Bernarda Alba m’a demandé de reprendre le flambeau. Colombien d’origine, j’ai toujours estimé l’engagement de cet auteur espagnol et cette proposition, associée à la dimension contemporaine du texte, a su trouver écho en moi. » Drame écrit dans les prisons franquistes, en 1936, La maison de Bernarda Alba dénonce avec force les funestes cangues de la société traditionnelle espagnole où « naître femme est le pire des châtiments » (extrait). Quelques mois avant d’être fusillé par la Phalange franquiste, Federico Garcia Lorca livrait un texte universel sur la condition de la femme et la morale religieuse. En résumé, Bernarda Alba, abominable marâtre, décide à la mort de son mari de cloîtrer ses cinq filles pour un deuil de huit ans. L’amour, la frustration, l’espoir sont les grands thèmes de cette pièce qui finit tragiquement.

Quelle touche Miguel Borras apporte-t-il à ce classique maintes fois monté ? Tout en magnifiant la force poétique du texte, il fait passer, jusque dans les aspects visuels de sa création, la figure de l’homme à jamais banni de cet univers féminin. S’éloignant de la dénonciation sociopolitique directe pour devenir un huit clos intemporel, la rigidité d’une société claustrée n’en apparaît que plus barbare. Et terriblement actuelle.

Suzanne Lagotte.

Du 31 janvier au 3 février, salle des fêtes de Nanterre. A noter, la compagnie présente, chaque premier lundi des mois pairs, quelques fragments de ses projets en cours, lors de ses Tbohémiens.

Tél : 01.47.84.23.38

Résultat, le 32 mai 2008…

Depuis 1995, le metteur en scène Philippe Guérin a fait du Petit Nanterre son terrain de prédilection. Spécialiste des projets culturels à forte teneur sociale, il y déploie nombre d’initiatives, notamment des ateliers de théâtre, destinées aux habitants du quartier. Un travail de fourmi mené en partenariat avec le Centre d’accueil et de soins hospitaliers, les deux centres sociaux, les associations et les écoles. Tumultes et murmures, lancé en 2005, est le grand chantier en cours. « Une création qui a été écrite au cours d’innombrables ateliers, par tous types de population et dont le point d’orgue sera la représentation publique, sous un immense chapiteau, le 31 mai 2008 » précise l’artiste. Ainsi lors de ce 32 mai 2008 (c’est l’improbable nom donné à cette manifestation inédite), la Place des muguets deviendra scène géante où tous les comédiens amateurs défileront. Le spectacle, fortement inspiré de L’ABC de la vie de Jean Tardieu, se veut hymne à l’existence. Découpée en trois actes (naissance, enfance, adolescence), cette œuvre populaire sera l’aboutissement du travail d’un quartier entier de la ville.


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